Vote utilisateur: 3 / 5

Etoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Durée : 4 jours, du jeudi 13 au dimanche 16 mai 2021

Discipline : grandes voies en terrain d’aventure

Lieu : Presles (Vercors) puis Sainte Victoire (Aix-en-Provence).

Noms des courses :

Presles : voie des Buis / D+ / 220m / semi équipée

Sainte Victoire : secteur Le Signal / voie Le grand parcours / D+ / 400 m / terrain d’aventure

Encadrants : Liviu BALEA et Alexis COURNET

Participants : Sophie C. , Sophie G. , David, Bruno

Lien photos :

https://photos.google.com/u/0/share/AF1QipMSL3-oEj9wLl0Gs8fr3XlRat7hydnLHADNiRqAvvTh0qZ6haQjTmgI6NsXUYbCoQ?key=cWpDYTVyWDJJNF9xVmVyUEh2R1Iyd2RCaG93dG93

Descriptif :

Le projet initial de cette sortie consiste à explorer les grandes falaises d’un haut lieu de l’escalade en France, il s’agit du site de Presles. Fort de plus de 250 voies d’escalade et d’une longueur de 7km, les falaises de cette partie occidentale du Vercors permettent bien des errances verticales.

Ce site s’adresse à des grimpeurs assez aguerris (minimum 5c en tête) et à l’aise avec la pose de protections propres au terrain d’aventure.

Un groupe de joyeux drilles, composé des deux Sophie, Bruno et David, a répondu présent à l’appel de ces falaises convoitées. Liviu et Alexis assurent l’encadrement des sorties avec l’objectif de prodiguer une formation terrain d’aventure appliquée avant et pendant les courses.

Malgré une pluie jouant des claquettes sur nos tentes à minuit, la première journée permet l’ascension d’une des voies les plus accessibles du secteur, la voie des Buis (D+/220m). En deuxième partie de journée, nous nous garons sur le plateau et empruntons les sentiers escarpés de la forêt afin de rallier le pied de la voie. Celle-ci offre une escalade appréciée des anciens, marquée par de nombreux dièdres et une section faisant la part belle à la renfougne (utilisation de l’ensemble du corps pour gravir la falaise). Les deux cordées sont organisées en flèche (1 leadeur et 2 seconds pour chaque cordée) et alternent les rôles en fonction du niveau technique et des envies. Le rocher présente un stade avancé de patine et impose une maîtrise accrue dans la pose de pieds et la préhension des prises de main obligées. Les deux cordées se retrouvent au sommet, ravies de cette ascension en 5h environ dans un bain de soleil couchant. Cette prise de contact réussie avec le calcaire vertacomicorien autorise de projeter l’ascension de voies un peu plus ardues telles que Chrysanthèmes (D+), Nid d’Aigle (TD-) ou Digitibus (TD-) pour la suite du séjour. La pluie, avec une fâcheuse opiniâtreté, s’invite une nouvelle fois à la fête sur le toit de nos tentes durant toute la nuit jusqu’en début d’après-midi le lendemain. Les prévisions météo étant désormais en berne, nous décidons de quitter le Vercors et de grimper là où le soleil fait autorité, le pays d’Aix-en-Provence.

Nous laissons dans nos rétroviseurs la brume et la pluie pour trouver un ciel bleu intense souligné par de timides cumulus au blanc cotonneux, trônant au-dessus de la montagne Sainte Victoire. Ce sera notre second objectif sur séjour. Mais la Sainte, « ça se mérite ! ». En effet, les voies classiques sont généralement très peu aseptisées et offrent au grimpeur averti de multiples possibilités d’ascension engagées.

Avant de se lancer dans un nouveau projet, nous faisons une reconnaissance des lieux. Nous empruntons le chemin de randonnée en grave claires fendant un sol en argile rouge et recouvert de plantes aux saveurs intenses, où l’occupation au sol du buissonnant romarin la dispute à celle du discret thym en fleurs.

Le mistral intense et l’horaire avancée ne nous permettent raisonnablement pas une ascension, même rapide. Nous profitons de quelques grands blocs fissurés pour revoir la technique de constitution d’un relais sur 2 puis trois friends et câblés. L’équipe est ainsi prête pour le projet du lendemain.

Nous choisissons une grande voie classique qui présente l’intérêt de suivre une ligne esthétique, logique, et qui traverse verticalement la montagne chères aux impressionnistes jusqu’au sommet emblématique nommé « signal ». Il s’agit de la voie Le grand Parcours (D+/400m). Le menu des réjouissances est tout à fait complet : une première section en mur raide avec prises rentrées verdonnesques, puis une deuxième partie en arête rocheuse ou dalle peu inclinée propices à une escalade en mouvement (corde tendue), ensuite une troisième partie plus raide marquée par des systèmes de fissures à équiper complètement, et diverses cheminées-dièdre avares en protections en place. La dernière partie est un lent basculement de la roche verticale vers une arête finale couchée.

Les deux cordées prennent leur place le long de cette ligne que Rebuffat considère comme l’une des plus belles du massif. A tour de rôle, chacun a la possibilité de poser des protections, de produire une escalade athlétique et nécessitant parfois l’engagement psychologique, si attendu mais si redouté également. Les 12 longueurs et les 400m de grimpe occasionnent aux deux cordées un temps de progression de près de 10h. La croix du sommet de la Sainte se détache dans une fenêtre de ciel orangé parmi la grisaille épaisse qui a laissé choir quelques gouttes perfides sur les dernières longueurs. Le chemin du retour nous emmène de l’autre côté de la montagne en passant près d’un Prieuré perché et du refuge humble Paul Cézanne. La nuit étreint la montagne et nous goutons les délices d’une balade nocturne sous les pins parasol immuables et les cades tortueux, plongés dans un air doux et parfumé.

De retour au camping, la pluie martèle avec zèle le tissu de nos tentes durant toute la nuit et nous incite à prendre la route du retour. La mort dans l’âme, nous quittons plus tôt que prévu la Provence pour revenir à Toulouse. Une halte sur la grève de l’étang de Bouzigues permet de se consoler avec un tableau, cette fois-ci horizontal, constitué par les parcs à huitres et les lumières chatoyantes d’une mer d’huile sous un ciel gris.