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Sortie Alpi au BalaïtRulhe 8-9 Mai 2021

 

Cette cheminée de Las Néous nous attendait depuis le mois d’avril, après que la sortie initiale ait été annulée par le confinement. L’équipe était prête, et même élargie grâce à l’arrivée d’Olivier comme encadrant supplémentaire, ce qui nous a permis de prendre deux personnes de plus. Mais voilà que la météo du jeudi matin nous annonce un bivouac très venté au Ledormeur, et une ascension au Balaïtus avec des vents entre 70 et 100 km/h ...

Un plan B s’impose, mais où ? Toute la chaîne est soufflée méchamment tout le weekend, et surtout dimanche avec orages en bonus.

Nous trouvons vite un coin abrité, merci a météo-france pour une fois, pour le plateau de Beille, ce qui nous mène à … par exemple le Rulhe ? Ou la Coume d’enfer ? Ce seront nos plans BB.

Et comme le dimanche reste méchant, on dit, course le samedi à la journée, avec départ tôt, soirée cabane au plat des Peyres, et dimanche advienne !

 

Samedi matin 6h30 à JulJul, ça commence bien, une panne de réveil temporaire (il a réussi le reveil à 6h30 justement), et une autre, panne franche (réveil, on le saura plus tard, à 13h, il y avait grosse fatigue). L’ostrogoth réveillé à 6h30 assure comme une bête car il déboule à JulJul à 6h45 !!!

Le départ continue bien puisque un wisigoth cette fois ci réalise, à Pamiers, qu’il a laissé ses clés sur le contact de sa bagnole à Jules Julien … demi tour ? Un rapide appel à une fée et quelques consignes sioux nous permettent de garder le cap plein sud ! Café relativement vite fait à Tarascon, et nous voilà repartis. Arrivés au plat des Peyres, une petite dizaine de bagnoles sont déjà là, mais aucune n’entrave notre plan qui, comme première mission, était d’aller squatter immédiatement les lits de la cabane. Affaire rondement menée car tous les participants avaient bien compris l’enjeu, laisser une fringue fake sur le lit, chopper le sac tout équipé, et tracer avant le dégel !

A 10h on est donc sur les chemins, on n’est pas si mauvais, direction arête nord-ouest du Rulhe, prince des lieux.

Première pause check enlever une couche et scruter le couloir, y-a-t’il assez de neige sur la face pour s’y aventurer ? ou (on est encore à temps) on traverse la rivière et on va au couloir face nord de la Coume d’Enfer, qui avait l’air plus garnie … Vite fait, on évalue, on imagine, on dessine, on prédit, et on tranche, Go couloir(s) NW du Rulhe, à la Liviu, « mais oui, ça passe ! » :o)

Sur le chemin de l’approche, nous perdrons quand même Eva, qui ne le sent pas après 2 mois de confinement et des grosses un peu trop grosses pour cette première sortie du printemps. Elle nous dit que tout va bien mais que c’est comme ça, et qu’elle installera la cabane pour notre retour !

Après une glissade sur gispet que je n’ai pas vue mais qui apparemment était impressionnante, on débarque au pied du « couloir », on s’équipe, et on entame la montée piolet baton, mais sans crampons car la neige est très chaude, et on ne voudrait pas botter malencontreusement.

Ça relaye à la trace, un peu comme au tour de France par équipes, sur une route de neige, bordée de caillasses et touffaille, car le bas du couloir en ce début bizarre de fin de saison, c’est ça ! ça avance bien, on suit de mémoire et au nez l’itinéraire qu’on a repéré depuis le bas, car ça se ramifie un peu dans tous les sens, il faut traverser une partie touffue, louvoyer entre des obstacles rocheux et ne pas perdre de vue le bon bout de couloir qui nous mènera au ressaut final (on avait reconnu l’an dernier avec Titi, merci à lui, et on ne connaît pas d’autre sortie!). La partie haute se redresse un peu, nous propose quelques passages en mixte, puis nous amène sur une « petite » plateforme, sur laquelle a poussé le vrai sommet qui nous domine 40 mètres plus haut, et nous propose un seul passage, une espèce ce système de cheminées à rampes.

Toujours sans crampons, Sylvain passe devant, ouvre et pose les 4-5 points nécessaires à sécuriser ce passage final, et nous voici au goutte à goutte en 4 cordées, arrivant sur le toit du monde sous un ciel encore tout bleu ! Tous là-haut à 15h, vent potable, ambiance un poil euphorique et surtout émue, d’être au sommet et de la beauté du site. Belle expérience cette ascension pas difficile, mais impressionnante vue de loin, aux terrains changeants, et qui nous a laissé le suspens des conditions jusqu’à la dernière minute, pour nous montrer au final qu’en ce 8 mai, la cheminée mi-glace, mi-neige, mi-granit mouillé, se laissait escalader sans dérapage ni trop d’effort, avec juste la prudence nécessaire.

Première pause grignote, quelques bajoues de hamster, puis on repart pour la «micro-traversée » des trois pics du Rulhe, pour refaire une pause au dernier pic, re-euphorie de reconquête de sommet, et puis, une pensée pour Eva, et on est repartis, par la face nord, ça enfonce à souhait, on garde la concentration, ne jamais se détendre ni se laisser aller dans la descente. On préfère ne pas descendre au col des Calmettes pour éviter les traoucasses de bas de couloir, et on traverse pour revenir vers l’arête NNW puis descendre sur gazon par une pente qui serait un couloir W en hiver.

On se fait doubler par un frigo de granit qu’on n’a pas vu partir, et qui traçait silencieusement sur la langue de neige à notre gauche que l’on snobait depuis notre gazon … bienvenu d’être un peu snob parfois. Pas con aussi de descendre par autre chose que la ligne d’un déversoir.

Pour se remettre de nos émotions, bercés par ce vent tiède qui se lève du sud, on trace droit au petit étang de Joclar, certains y plongent même, on ne rate pas une occase comme ça. Cette journée de jouissances est interminable, et on finit par y (re)aller. Elle nous fait quand même payer le tarif par deux genous croustillant et une cheville pliée, mais que nenni, on veut retrouver Eva, et l’heure de l’apéro approche à grands pas !

Encore une bonne heure boiteuse avec support de Sherpas et nous voici tous réunis a nouveau ! Eva est en pleine forme, elle a fait bain de soleil et sieste, et nous sort sa tortilla au jardin de la cabane.

A partir de là, tout s’accélère, des curlis et des cahouettes sortent aussi, ainsi qu’une stère de bûches amenées de Toulouse, des grilles de barbecue, des bouteilles rafraîchissantes ou antigèles, du charbon, et toute sorte d’ingrédients protéinés qui vont nous faire compenser largement dans la soirée toutes les calories qu’on venait de perdre, et quelques végétaux à griller autres que la cacahuette, grâce à Sabrina et Amelia qui tenaient à prendre soin de notre santé. Fiesta, c’est que c’était l’anniversaire d’Alain ce 8 mai ! Et il y aura aussi le gâteau de Perrine !

Pour la soirée, on se reconfine car le vent rugit déjà dehors, on ne sort que pour les pipis, la dernière goutte sèche aussitôt elle est sortie ! Sylvain et FD aux manettes d’une grillade à la flamme, de cuisson parfaite, la soirée se prolonge, on l’a méritée, et c’est aussi qu’on avait beaucoup de gibier et il ne fallait pas le perdre; et puis on est bien, pas mal le concept soirée cabane après la course au lieu de la faire la veille de la course! Car dimanche 9, entre estropiés et souflette du sud, on ne voit pas trop à quelle heure on calerait un réveil ni pourquoi !

Dimanche, tout doux, on se lève comme en phase, mais chacun son rythme, petits dèjes qui traînent et le vent qui hurle dehors. On ne tente même pas, allez, on rentre. Et c’est comme ça que prend fin cette petite aventure montagnarde qui nous a à tous fait tant de bien après ce printemps étriqué.

Merci a tous, c’étaient Alain, Amelia, Eva, FD, Perrine à l’animation, et Manu, Olivier, Sabrina et Sylvain à l’encadrement, et tout le monde aux photos.

 

Et les photos ayant survécu à la censure ici :

https://photos.app.goo.gl/fvxmsBGVvT7A9G1F8