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Il était une fois….

Cèdre était un chasseur de tête.  La victime du jour était le cap des Hittes, haut de ses 2368m. Cèdre s’était entouré de deux compères pour atteindre son objectif. Des cafistes, initiés, plus aguerris que les pires des affranchis. Leurs discussions sur le parking des agudes ne laissaient aucun doute sur leur professionnalisme pour ce genre de situation.

- T’as pas eu le temps de manger ce matin ? Lança Magnolia. Moi, je fais cuire du riz, puis j’arrête sa cuisson et je jette un œuf dedans. Ça me permet d’éviter d’avoir faim trop rapidement.

- Ben d’habitude je mange, mais ce matin, mon réveil n’a pas sonné. J’avais mis le bon horaire en oubliant de changer de jour. Ce genre de sortie se fait rarement le jeudi, répondit Chêne.

Après avoir révisé leurs gammes sur le parking, notamment le recherche DVA, et la gestion de groupe lors d’avalanche, le groupe se mit en marche. Tous étaient parés de leurs armes. Skis affûtés, peaux, couteaux, habits chauds, casque, nourriture. Piolets et crampons si besoin. Car ce genre d’adversaire comme le cap des Hittes n’était pas un bleu. Il pouvait fragiliser le groupe avec tous types de neige, avec tous types de météo, avec ses pentes raides.  Et ça, les trois athlètes l’avaient en tête. Après 10 minutes de course sur les pistes de skis, seul passage praticable à cette altitude, les autres secteurs étant pelés, Cèdre lança par dessus son épaule, concentré sur son objectif :

- Si vous avez chaud, on peut faire une pause rapide pour quitter une couche. Par ailleurs, on vient de faire 80 m de dénivelé en 10 minutes, ce qui nous donne un rythme de 480m/heure. Je vais ralentir la vitesse ou la pente de la trace, car il ne s’agit pas de se cramer dès le début.

- Moi, tant que j’ai le nez froid et les mains froides, je ne quitte pas de couche, répondit Magnolia.

Dès lors, la caravane reprit son périple cahin-caha, dans le bruit de respirations appuyées, de frottements de ski régulier sur cette neige dure, tel le bruit du rasoir sur une barbe rude. Seules quelques paroles rares et précieuses venaient briser cette monotonie.

- Il faut moins écarter tes jambes pour la conversion. Et mets tes skis à l’horizontal quand tu commences ta conversion. 

Pour vaincre ce cap des Hittes, le plan, limpide sur le papier, était de suivre le télésiège jusqu’à 2040 mètres, puis basculer sur la descente, en visant le départ du télésiège Doumenge à 1864m, pour s’engager dans la vallée blanche. Mais, la pratique est souvent loin de la théorie en montagne. Déjà, les prévisions météos annonçaient des éclaircies en fin de matinée. Or, les nuages avaient nulle intention de se disloquer. Au contrainte, le ciel bas et lourd pesait comme un couvercle sur nos esprits gémissants, en proie aux longs ennuis. Le combat était donc lancé. Bien que la crainte apparaissait chez nos conquérants lorsqu’ils dépeautèrent au col à 2045 m, ils avaient confiance pour entamer cette première descente et balafrer ces pentes vierges. Las, la neige pourrie, croutée et lourde, usait les genoux, cuisses et lombaires de nos valeureux héros. Telles des mains sorties des limbes, accrochant les skis et les chaussures, la neige luttait contre tous. La partie était perdue pour envisager le moindre virage coulé, la moindre godille légère, le moindre dérapage ou autre chasse neige de vigueur. On entendait Cèdre, en contre-bas lancer aux autres :

- Tentez le virage sauté ! Même à l’arrêt ! Ou alors lancez vous dans la pente et pour vous arrêter, remontez dans la pente, et vous faites une conversion à l’arrêt !

Dès 12h45, arrivés au bas du télésiège Doumenge, hagards, les 3 mangèrent un bout. Pour que cette fonction vitale puisse éloigner les mauvais esprits. Peine perdue. La neige si mit à tomber, étalant ses immenses traînées, d'une vaste prison imitant les barreaux. Comment sortir de là ? Le cap des Hittes, sa neige, son brouillard et sa météo étaient trop forts pour eux aujourd’hui. Il ne restait qu’une solution, battre retraite. Dans une purée de pois, sous la neige. La remontée au col se fit le coeur lourd. Mais c’est lors de la descente que le coup de grâce tomba sur cette folle équipe. Cèdre chuta. Dans une de ses tentatives de virages. Pas une chute à cause du jour blanc, où on perd l’équilibre. Ces chutes là, Cèdre ne les comptabilise pas. Non, une chute impensable pour Cèdre. Une faute de carre. Carre externe. De la jambe gauche en plus, celle qui est sensée fonctionner le mieux. La tête casquée vint alors plonger dans cette neige froide et humide. Et les jambes passèrent par dessus bord dans cette pente raide. La main gauche agrippée au bâton plongea au plus profond. Un cri déchira alors l’air pur. Ce n’était pas le cri d’un rire qu’aurait pu lancer cap des Hittes, pour rappeler Cèdre à sa triste condition d’homme. Non, c’était un cri de rage sourde :

- Putain, ma rondelle !

L’état des lieux était terrible : l’orgueil de Cèdre était brisé en mille morceaux. 

- je ne tombe jamais à ski !, disait-il, entre ses dents, l’eau de la neige fondue coulant de ses yeux, se mêlant à ses larmes amères.

La rondelle retrouvée, la caravane reparti vers le point de départ. Dans cette longue descente où, sur les pistes damnées retrouvées, où le crissement des skis brulait les tympans, Cèdre avec les dents serrées, cherchait la cause de son état. La honte d’être tombé ? L’échec de ne pas avoir vaincu Hittes ? Ou bien ce bruit strident de cette piste glacée ? Cèdre repensa aux paroles, ô combien sages, d’un collègue cafiste «  cette course est un projet, pas un objectif ». 

Sur le parking, des mots de réconfort permirent à tous de sortir la tête haute :

- vous savez si la chocolaterie Dardenne est ouverte à Luchon ?

Merci à Claudine et Antoine pour une sortie haute en couleurs grises et blanches.

Voici quelques photos et vidéos relatant notre odyssée. Le dossier devrait se remplir lorsque tous les participants auront joint leurs photos :

https://drive.google.com/drive/folders/1-Rie8oF92RscYPhu0GOTfGbspg0hcdGy?usp=sharing