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Durée : 2 jours, le samedi 11 et le dimanche 12 juin 2022

Discipline : alpinisme rocher

Lieu : Vallée d’Ossau

Noms des courses :

Samedi :  Pic de l’Estrémère – Voie « Mauvaise pioche » 200m / TD

Dimanche : Pic du Midi d’Ossau – Face Sud – Voie « Jolly » 275m / TD

Encadrants : Alexis COURNET et Jordi CHINAUD

Participants : Guillaume et Oscar.

Conditions météo : ciel bleu puis orage et grêle

Lien photos :

https://photos.app.goo.gl/XHQQJZ5rhEoDsZX59

Descriptif général :

L’objectif initial de la sortie est de vivre une course longue sur un rocher de montage, mais de difficulté technique accessible et nécessitant cependant un bon sens de l’itinéraire dans un cadre grandiose, celui du Pic du Midi d’Ossau. La Voie Fouquier remarquable par son envergure (500m) et sa difficulté modérée (D) pour l’Ossau apparaît comme un excellent projet.

Avant de se lancer corps et bien dans cette aventure exigeante dont la seule issue raisonnable est le sommet, il convient aux deux cordées constituées de faire connaissance sur une voie plus modeste et plus rapide hébergée au sein du Pic de l’Estrémère, situé non loin du col du Pourtalet. Le choix se porte sur la voie Ravier-Laborde « Mauvaise pioche », un des itinéraires les plus abordables de la paroi aux profils quelque peu torturés.

Un bivouac dans la zone du refuge de Pombie, au pied de l’altier Pic du Midi, le samedi soir, permettra une approche rapide pour la course ossalienne du dimanche.

Déroulement des courses :

Samedi :

Après un départ dès potron-minet le samedi, notre groupe constitué de deux cordées (Jordi-Guillaume et Alexis-Oscar) scrute, depuis le parking du Pourtalet, l’imposante face ouest du Pic assez peu connu de l’Estrémère remarquable par ses grandes lignes de forces plissées. Après une marche d’approche aisée, l’univers minéral qui nous accueille s’avère austère et peu amène. Le rocher présente une qualité tout à fait inégale alors que les nombreuses pierres posées en équilibre sur les vires ne demandent qu’à être projetées sur autrui. Le patronyme de la voie, « mauvaise pioche » n’est pas qu’une métaphore humoristique dont seuls les ouvreurs et grimpeurs avertis ont le secret. Dont acte. Le programme initial de la journée change de physionomie avec une escalade obligatoirement prudentielle. L’équipement demeure très parcimonieux, à l’image du terrain d’aventure de haute montagne. Au fur et à  mesure de l’ascension, le rocher délité se fait plus rare et davantage vertical, offrant une longueur en 6a+ de toute beauté, marquée par de fines réglettes permettant une traversée en ascendance assez engagée. Au-delà du rocher aussi fourbe qu’inconstant, la voie oblige à des passages goguenards au milieu de pente de végétation dense qui ne sont pas sans rappeler les terrasses herbeuses de la voie du Pilier Sud de la Dent d’Orlu. Arrivées au sommet, les cordées échangent leur stupéfaction et s’aperçoivent bien vite que le plaisir ressenti pour chacun a davantage consisté à traiter des problèmes d’une escalade peu aseptisée plutôt qu’à vivre un ludique itinéraire sur une paroi saine et lisible. Chacun a le sentiment d’avoir glané une nouvelle expérience en terrain d’aventure. Nous engageons la descente vers le col du Pourtalet tout en lorgnant de loin sur le « Géant de Pierre », autrement appelé Jean-Pierre, sur qui nous tenterons de lancer un assaut le lendemain.

Nous devisons avec quelques grimpeurs locaux qui, au regard des conditions météo en légère dégradations, nous conseillent vivement de porter notre choix sur une course plus courte que la Fouquier afin d’éviter de subir un orage précoce dans cette longue voie. « Pourquoi pas la Jolly ? » Au regard du niveau technique et physique des encadrés, cette possibilité semble pertinente. Sac de bivouac sur le dos, nous quittons la route animée du Pourtalet pour rallier notre camp de base, au pied de la muraille de Pombie. A peine avons-nous terminé de repérer les points remarquables pour la course du lendemain et bouloté notre diner, qu’un orage violent oblige chacun de nous à se réfugier sans tarder dans sa tente. Les éclairs lumineux réguliers, le vent puissant et le tonnerre sonore enveloppent ce début de nuit.

Dimanche :

Au petit matin, après avoir décidé de reculer l’horaire de départ pour maximiser le temps de séchage de la paroi de la voie marquée par une longue cheminée, le ciel est particulièrement limpide. Le soleil matutinal incandescent révèle les pics, les renfoncements, les aspérités de l’immense cuirasse du pic. Au pied de la voie, les cordées s’organisent et prennent pied sur le premier dièdre commun à la voie des Surplombs ou la Sud Est classique. Le rocher exprime toutes ses teintes rougeâtres, orangées et fauves par un soleil franc. A la différence de la veille, l’esprit est tranquillisé par l’existence d’un caillou d’une incroyable robustesse. L’ascension des cordées progresse, avec une recherche d’itinéraire efficace et une exécution de pas d’escalade agréables autour du niveau V+. Les difficultés techniques sont concentrées sur la septième et dernière longueur de la cheminée avec un pas obligatoire d’un niveau côté 6a+ entièrement à protéger, davantage proche du 6b+ pour un grimpeur actuel. Nous organisons un hissage de sac à dos pour faciliter le franchissement de ce pas, que nous résolvons en tirant au clou via un coinceur posé dans une large fissure aux bords arrondis. Au sommet de la voie, nous nous félicitons sans pour autant oublier le reste de la course à réaliser avec autant d’implication, la descente. Celle-ci consiste à effectuer 5 simples rappels a priori. Néanmoins, la première cordée utilise un premier relais de descente qui ne correspond pas aux indications du topo. Heureusement la seconde cordée, solidaire et attentive, ayant utilisé le premier bon relais, permet un regroupement des deux duos au second relais pour tous. Cependant, l’accès au second relais se fait non sans mal car celui-ci est curieusement décalé dans la verticale du premier relais et car il se trouve dans une sorte de renfoncement sous un surplomb impressionnant. La perplexité de chacun se lit sur les visages. Dans le même temps, l’orage et sa foudre font leur apparition plus de deux heures avant l’horaire prévisionnelle. Les trombes d’eau surviennent et bientôt un épisode de grêle y succède. Nous poursuivons notre 3ème rappel sous une pluie en diminution et avec un orage perdant progressivement de son intensité. Cependant, malgré cette quiétude en passe d’être retrouvée, la corde du rappel se coince, provoquant une nouvelle émotion. Un brin toronné sur l’autre brin génère une pression suffisante pour empêcher le rappel de la corde. Il convient depuis le bas d’apprécier dans quel sens les brins se sont positionnés et les rendre parallèles en les croisant en conséquence. C’est chose faite ! Les derniers rappels ne présentent guère de difficulté et nous voilà bientôt heureux de poser nos pieds sur la terre ferme.

Le ciel est dégagé et offre une lumière douce d’un après-orage. Nous retrouvons notre bivouac détrempé, près de 12 heures après notre départ. Fourbus et émus, nous échangeons nos intenses impressions et nos riches apprentissages glanés au cours de cette grande course dans le labyrinthe de la muraille de Pombie si haute, si vaste, si brute.