À l’ère du Quaternaire, les glaciers rabotaient ardemment les roches calcaires dans le massif du Mont-Perdu. C’était il y a 2,5 millions d’années, il était donc temps pour nous de se rendre là-bas pour admirer ce formidable travail géologique.

C’est donc un vendredi, à l’heure qui a fait ses preuves de 6h30 pétantes, que nous retrouvons la troupe de 11 (+ Mathieu qui nous rejoindra sur la route) constituée par Jacques pour ce nouveau weekend pyrénéen. Objectif 3000 mais objectif double s’il vous plait : parvenir au sommet du Mont-Perdu (voie normale) et, dans la foulée-puisque-on-y-est, parcourir la Faja de la Flores, un incontournable du coin : « Hay que hacerlo ».

2 heures de route après le départ, un petit café à Parsan et un bout de croissant nous redonnent l’énergie absorbée par la courte nuit.
Pour rejoindre ensuite la vallée d’Ordesa nous (enfin … Jacques) préférons passer par la petite route HU-631 (Hu pour Huesca, la province locale) au lieu de la Nationale. La vue en vaut déjà la peine malgré la sinuosité de la route qui donnera la nausée à certain(ne)s et sillonne dans une gorge bien étroite entre deux falaises aux parois abruptes qui nous cernent. La rando du jour ne devant pas prendre trop de temps, on en profite pour se dégourdir les jambes et descendre à l’Ermita de San Urbez, un peu en contrebas.
Enfin, nous arrivons à la ville de Torla. Le point de départ de la rando dans le « parque nacional de Ordesa y Monte Perdido» est accessible en bus seulement, les entrées en voiture ayant été interdites depuis un certain temps (pour cause de sur-affluence sûrement). Il est déjà 11H passées et un bus s’apprête à partir alors que nous achetons les derniers billets. Une cavale héroïque et des suppliques appuyées au conducteur ne parviennent hélas pas à le retenir le temps que les retardataires arrivent et nous sommes contraints d’attendre le suivant.
40 minutes plus tard nous descendons enfin du bus au parking dans la vallée d’Ordesa à la Pradera où nous décidons courageusement… d’attaquer nos sandwichs.
Et c’est donc « glucidiquement » rechargés que nous entamons la première partie de notre périple : parvenir au refuge de Goriz par la Faja de Pelay (Faja de los cazadores – des chasseurs). Les Fajas, ou vires en français, sont des corniches horizontales formées par l’érosion (et du fait des différentes duretés des roches, plagiat wikipédia), qui permettent de parcourir le canyon autrement que par son fond plat.
L’accès à cette vire se fait par une montée bien raide de 600m de dénivelé que nous avalons en à peine plus d’1h.  À l’arrivée, un superbe point de vue surplombant le large canyon sous nos pieds nous récompense de ce premier effort.
La Faja, pratiquement plate, continue sur plusieurs kilomètres et nous amène ensuite au « départ » du canyon, la cascade de la colla de caballo (queue de cheval). Malgré la sècheresse de ces derniers temps, toute cette partie du canyon est d’une verdoyance éclatante, qui colle bien avec le nom d’Ordesa, « près vert ».  Le refuge se trouve encore 400m plus haut et pour franchir la barre rocheuse de la cascade, nous choisissons l’option clavijas plutôt que le contournement par un chemin standard. Spécificité de la région, les clavijas (ou clous en français), se présentent sous forme de barres métalliques plantées dans le rocher, donnant d’excellentes prises de mains qui permettent de franchir des parois un peu techniques. Des mains courantes ont été installées en plus des clavijas et l’ensemble permet une escalade (pas de II ou III) sans trop de difficulté quand tout est bien sec (environ 20m à franchir).
La suite ne présente pas de difficulté et arrivés au refuge de Goriz (2200m) , nous choisissons nos emplacements de tente avant de nous attabler dans une ambiance conviviale et plutôt sonore.
Le refuge est plutôt agréable, que ce soit au niveau de la quantité servie lors du repas, de la propreté des parties communes ou de l’organisation globale.
Après une nuit un peu fraiche mais reposante et un petit-déjeuner rapide, nous attaquons la montée en direction du Mont Perdu. L’itinéraire est bien cairné, et la cinquantaine de randonneurs partis devant nous ne laisse pas d’hésitation quant au chemin. Le sentier est cependant assez raide, rocailleux, et comporte quelques passages où il est nécessaire de mettre les mains. Au-dessus d’une cascade, une chaîne permet de sécuriser le passage sur des rochers particulièrement polis et glissants.

Après environ 2h30 de marche nous passons le dernier ressaut qui nous amène au pied d’une crête et en vue directe du sommet. Le passage sur cette crête bien large n’est pas vraiment difficile mais certains apprécient de s’équilibrer avec les mains.

La dernière partie se tient enfin devant nous : la fameuse « escupidera », le « crachoir » du Mont Perdu, ainsi nommé en raison de l’impressionnant éboulis de pierres qu’il charrie sur sa pente. Visible depuis un moment, on voit tout de suite que la raideur de ce passage n’est pas un effet d’optique et c’est dans un effort certain que nous attaquons en zig-zag ce mur de 200 mètres, en appliquant le conseil avisé de Jacques : « bien enfoncer sa casquette sur la tête pour éviter de voir ce qu’il rester à monter » …
La difficulté est renforcée par les cailloux qui roulent sur le sol dur chaque fois que l’on prend appui pour avancer. Mais si peu ne saurait nous faire renoncer si près du but, en particulier les malchanceux cafistes qui se sont retrouvés bloqués l’an dernier au pied de mur en raison d’une neige imprévue. Cette fois, c’est la bonne, et plusieurs contractions de quadriceps plus tard, nous parvenons au troisième plus haut sommet des Pyrénées, 3365 mètres.
À la satisfaction du dépassement de soi, s’ajoute la récompense d’une vue dégagée sur de nombreux sites emblématiques : canyon d’Anisclo, la série des Marborés (tour, casque, pic) et le Taillon, tout près. Plus au loin on distingue le Vignemale, le pic du Midi de Bigorre et même apparemment, la pique d’Estats, en Ariège. 

Ordesa-Gavarnie | Virtual tour generated by Panotour (topopyrenees.com)

Quelques photos et grignotages plus tard, le vent frais nous pousse à la redescente par le même chemin qu’à l’aller. Peu échappent aux glissades sur ce terrain aussi raide que dérapant et c’est les fesses majoritairement pleines de terre que nous parvenons en bas du mur, en évitant cette fois la crête par la droite.
La redescente continue par des chemins parfois escarpés, mais sans souci particulier, en suivant les cairns.
De retour au refuge, nous récupérons rapidement les quelques affaires de camping laissées là et entamons la seconde partie de la redescente vers le parking (faute de place pour une seconde nuit au refuge nous sommes contraints de ressortir ce soir du parc pour y retourner le lendemain).
La majorité opte à nouveau pour une désescalade par les clavijas de l’aller. Le passage est cependant plus technique à la descente et demande une certaine concentration pour repérer des prises de pied adhérentes (rocher parfois poli).
La suite, enfin, n’est qu’une simple promenade au fond de ce canyon majestueux. Très facile, cette dernière partie nous demande cependant une certaine résistance mentale pour parvenir à boucler cette superbe randonnée de 21km, 1200m de D+, 2100m de D- .
Nous passons une excellente soirée / nuit au refuge (qui est en fait plutôt un camping) de Bujaruelo, qui possède carrément un restaurant avec un jeune serveur particulièrement sympathique.
Pour le dernier jour, Jacques a prévu une apothéose : la vire des Fleurs, une randonnée spectaculaire qui s’élève tout au-dessus du canyon, sur des sentiers aériens. Tellement aériens que tout le monde a pris son casque, baudrier et longe pour se sécuriser sur les mains courantes. Après un départ groupé à nouveau au rythme soutenu de 550m de dénivelé / heure, nous nous divisons en deux. Suite à une indigestion pour l’une et une mauvaise nuit pour l’autre, nous partons avec Florie de notre côté sur les Faja De Racon et de Canarellos, moins engagées techniquement mais cependant superbes : celles-ci nous amèneront au pied des immenses falaises rocheuses du canyon dont la démesure force l’humilité.
Pendant ce temps, le groupe joue les équilibristes sur les premières clavijas pour monter au départ de la vire de Fleurs, puis se longe sur une main courante tout en franchissant un passage vertigineux (mais apparemment sans grande difficulté) sur 32 clavijas horizontales plantées à flanc de falaise qui font fonction de rebord artificiel.
Commandées par un anglais (Sir Buxton) au 18eme siècle pour lui permettre d’aller chasser les Isards, on ne peut que rester songeur en pensant aux deux forgerons qui sont allés planter cet attirail à cet endroit improbable et avec les moyens de l’époque. Mais visiblement c’est solide et personne n’a réussi à tomber.
Après un passage sur la vire en question (3,5 km de long), qui donne un point de vue spectaculaire sur la paroi d’en face et le bas du canyon, reste la descente de la cheminée, pas tellement compliquée mais on reste prudent sur la fin où les prises de pieds sont un peu moins évidentes à voir.
Regroupement de l’ensemble de la troupe vers 18h au parking de la Pradera et départ dans la foulée en direction de Toulouse. Bien fatigués, on s’offre un réconfort gastronomique au café de l’aller, qui reste heureusement ouvert.
Arrivée au parking Jules Julien à 23h30. Chacun récupère sa tonne de bordel (mais surtout Florie et moi je crois) dans la voiture et file en direction de son lit.
Rêves instantanés, ambiance montagnée. Encore un beau weekend.

Eric
Souvent ce Mont Perdu, superbe et solitaire,
Des secrets d’Ordesa est le dépositaire.


















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